Alsace : y a-t-il enfin un leader pour porter notre destin ?

Par Le Moustique• 9 septembre 2026
Alsace : y a-t-il enfin un leader pour porter notre destin ?

Alsace : y a-t-il enfin un leader pour porter notre destin ?

Il y a des moments où l'on sent qu'un pays, une région, un petit bout de terre entre Rhin et Vosges, retient son souffle. L'Alsace vit un de ces moments-là. Depuis le 8 avril 2026, date à laquelle l'Assemblée nationale a voté en première lecture la sortie de la Collectivité européenne d'Alsace du Grand Est, quelque chose a changé dans l'air

Comme un vieux « rêve » retrouvé, lancé timidement d'abord, puis repris de plus en plus fort. Onze ans après la fusion imposée de 2015, le rêve d'une Alsace qui redevient elle-même n'a jamais paru aussi proche. Et pourtant, une question me taraude, et je ne suis sans doute pas le seul : qui, parmi nous, porte vraiment ce combat jusqu'au bout ?

Un dossier qui avance, mais sans visage unique

Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d'Alsace depuis 2021, s'est dit heureux et confiant au lendemain du vote d'avril, évoquant la volonté démocratique des Alsaciens. Il incarne aujourd'hui la voix institutionnelle la plus audible de ce dossier. Mais, il n'est pas seul en scène. En mai dernier, plusieurs centaines de personnes se réunissaient à Colmar autour de Gabriel Attal, venu défendre une Alsace dotée de tous les pouvoirs d'une vraie région. Certains y ont vu un soutien de poids. D'autres, y ont surtout perçu une manœuvre bien peu désintéressée, celle d'un homme qui prépare déjà sa présidentielle sur fond de décentralisation.

D’autres, candidats aux sénatoriales, avancent timidement, préférant la gestion de leur carrière à une charge de hussard.

Entre ces deux plans, l'un ancré dans le quotidien de la collectivité, l'autre plus national et intéressé, se niche une vraie interrogation. L'Alsace mérite mieux qu'un porte-drapeau de passage. Mais a-t-elle, aujourd'hui, une figure capable de tenir ce cap sans que le combat lui échappe ?

Où sont les Zellers, Bockels, Pflimlin d'aujourd'hui ? Faudra-t-il ressortir Keller après Trautmann pour Strasbourg ?

La poussée silencieuse des régionalistes

Ce climat ne surgit pas de nulle part. Depuis des années, le parti régionaliste Unser Land grimpe scrutin après scrutin, aux départementales comme aux régionales. En 2017 déjà, il envoyait un candidat autonomiste au second tour d'une législative, du jamais-vu depuis la Seconde Guerre mondiale.

De quoi rappeler aux partis traditionnels, et à l'État, qu'une partie de l'électorat alsacien ne se retrouve plus dans les cases habituelles. L’un des défauts de ce mouvement ne tient-il pas dans son nom ?

À côté, des mouvements identitaires comme Alsace d'abord, perça un temps. D'autres, comme l'Initiative Citoyenne Alsacienne, plaident pour une troisième voie, celle d'une région décentralisée dans une France plus fédérale, à l'allemande, loin de toute étiquette séparatiste.

Mais aucune tête non entièrement couverte de cheveux blancs ne sort du lot.

Une région, plusieurs légitimités, et un vide au milieu

C'est peut-être là tout le paradoxe alsacien. Le dossier avance, porté par une addition de légitimités partielles. Celle d'un président gestionnaire, respecté sur le terrain. Celle d'élus nationaux qui remettent mollement l'Alsace sur la carte de Paris.

Celle, plus sourde mais bien réelle, d'un vote populaire qui grossit d'élection en élection. Et celle, enfin, d'une identité qui n'a jamais vraiment plié, malgré dix ans de grisaille administrative sous la bannière Grand Est. Mais, aucune de ces voix prise seule, ne suffit à incarner un cap partagé par tous les Alsaciens.

Le président du Grand Est, Franck Leroy, doute lui-même de la solidité constitutionnelle du texte, et rappelle que l'Alsace ne pèse qu'un tiers de la population régionale. Un rappel utile : rien n'est encore joué, et le Sénat n'a même pas fixé de date pour examiner le texte.

Quel leader pour porter l'Alsace ?

Faut-il un visage, une voix, une personnalité capable de rassembler au-delà des postures ? Ou l'Alsace a-t-elle davantage besoin d'un travail patient, mené sans tapage par ses élus de terrain, plutôt que par des figures venues chercher ici un tremplin national ?

Nous n’avons pas la réponse de quiconque prétendrait l'avoir à notre place. Mais pensons qu’il faut un chef, une cheffe même lorsque tout le monde prend plaisir à le défoncer…

Mais, l’Alsace n’a pas de leader ! Provocateur, demandons-nous si Richert ne fut pas le dernier ? Cette dernière n’a pas d’équipe unie autour de lui ou d’elle, comme l’a Franck Leroy avec sa garde champenoise et ses complices lorrains.

La question du leadership, aussi inconfortable soit-elle à poser, devra être tranchée par les Alsaciens eux-mêmes. Pas par Paris. Pas par les estrades de meeting. Par nous.

Le Moustique


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