Strasbourg : « COUP D'BOL », quand la jeunesse réinvente la maraude de quartier

Par Maxime Gruber• 18 juillet 2026
Strasbourg : « COUP D'BOL », quand la jeunesse réinvente la maraude de quartier

Strasbourg : « COUP D'BOL », quand la jeunesse réinvente la maraude de quartier

Intriguée par l'habitude d'un collectif d'entraide strasbourgeois de venir se fournir à Saverne, Schnockele est allée à la rencontre des responsables de l’association.

Portée par la vitalité d’une équipe de jeunes bénévoles dont la moyenne d'âge est de 24 ans, cette association déploie une logistique de terrain remarquable. Privilégiant l'agilité et l'indépendance pour nourrir ceux qui en ont le plus besoin.

De Saverne à Strasbourg : le fil logistique de la solidarité

C’est une habitude d'approvisionnement bien précise qui a initialement éveillé la curiosité de notre rédaction : pourquoi un collectif citoyen opérant sur les trottoirs de la capitale alsacienne venait-il régulièrement en partie chercher ses matières premières à Saverne ? Intrigué d'apprendre que l'association strasbourgeoise « COUP D'BOL » avait choisi (entre autres) l'hypermarché Auchan de Saverne comme pilier de ses collectes de denrées, Schnockele a contacté son responsable. Ce dialogue a mis en lumière une organisation remarquable où la jeunesse prend l'initiative, loin des circuits institutionnels traditionnels, pour répondre avec pragmatisme à la précarité de la rue.

Chaque jeudi soir, aux abords de la galerie Lafayette de Strasbourg, l'action se concrétise. Une vingtaine de jeunes bénévoles s'activent autour de grands chariots chargés de thermoboxes professionnelles. Fondé en février 2022, ce collectif s’est donné pour mission de distribuer des repas chauds, des vêtements et des produits d’hygiène le long d'un parcours immuable reliant la Grand'Rue aux pavés de la cathédrale. Si l’initiative a démarré modestement avec une quarantaine de portions, elle fait face aujourd'hui à un afflux spectaculaire, servant près de deux cent cinquante personnes par maraude — parmi lesquelles de nombreux étudiants et travailleurs en situation de précarité. Des 100 repas distribués en 2025, nous sommes actuellement à 250, preuve que la misère s'installe durablement et en nombre.

La force de cette organisation réside dans son ancrage profondément humain et artisanal. En l'absence de local permanent, c’est la cuisine familiale du fondateur qui fait office de quartier général logistique. Dans cet espace restreint, les bénévoles s’organisent pour mijoter des repas faits maison qui alternent, un jeudi sur deux, avec les dons généreux de restaurateurs partenaires. Pourtant, l’ingéniosité supplée au manque de moyens : le collectif distribue également du matériel de couchage ainsi que des solutions technologiques solidaires, à l’instar des cartes bancaires Solly destinées à sécuriser le quotidien des personnes sans domicile.

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Le choix de l'agilité et du pragmatisme civique

L’une des particularités de la structure réside dans sa totale autonomie financière. L'association fait le choix délibéré de ne solliciter aucune subvention publique auprès de la municipalité ou de la préfecture. Loin de s'inscrire dans une démarche d'opposition ou de contestation envers les autorités, cette décision relève avant tout d’un pragmatisme opérationnel : préserver une liberté d’action absolue et garantir un fonctionnement totalement apolitique.

Pour ces bénévoles dont la moyenne d'âge s'établit précisément à vingt-quatre ans. Qu'ils soient étudiants ou déjà insérés dans la vie active, l'objectif est d'accueillir chaque volonté citoyenne sans distinction d'étiquette, et de servir chaque bénéficiaire avec la même neutralité bienveillante. Bien qu’elle collabore ponctuellement avec le réseau du 115, la structure privilégie un circuit court du bénévolat, libre de toute contrainte administrative lourde.

Cette indépendance assumée expose toutefois l'équipe à des aléas logistiques majeurs. L'annonce de la fermeture prochaine de l'hypermarché Auchan de Saverne, une de leurs sources alimentaires pour leurs produits de base comme le fromage et la viande, vient soudainement fragiliser leurs réserves. Confrontés à la disparition imminente de cette source d'approvisionnement locale, les cuisiniers ont vu leurs dernières distributions écourtées par manque de denrées. Malgré le refus de certaines enseignes locales de céder leurs invendus à des collectifs de quartier, l'équipe n'a pas perdu sa détermination. Elle s'appuie sur la fidélité de ses cent vingt adhérents inscrits pour maintenir ce lien social indispensable et de nouveaux arrivants comme un grand vendeur de primeurs.

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La providence maraîchère de Pomona

Le salut de l'association est venu d’un élan de solidarité né sur les plateformes numériques. À la suite d’un appel pressant publié sur « Facebook » » pour reconstituer les stocks, l'entreprise de distribution alimentaire Pomona a immédiatement réagi.

Touchée par la démarche de ces jeunes citoyens, sa direction régionale a proposé un partenariat solide pour fournir régulièrement des fruits et légumes frais de grande qualité. Prévu pour démarrer sous deux semaines, cet approvisionnement en produits frais procure une véritable bouffée d'oxygène à l'association.

Ce raccordement direct avec le tissu économique privé démontre l'efficacité d'une solidarité de proximité, capable de répondre en quelques heures aux urgences logistiques du terrain.

Cet élan fédérateur dépasse d'ailleurs largement le cadre associatif traditionnel. Actif au sein d'une structure liée à l'animation à Strasbourg, le président de l'association, Julien Kaufmann transmet cette fibre solidaire aux plus jeunes en collaborant étroitement avec les écoles locales. Lors des fêtes de fin d'année ou des vacances scolaires, des écoliers et adolescents âgés de six à dix-sept ans se mobilisent, fabriquant des cadeaux ou participant à des collectes alimentaires sous le regard bienveillant de leurs parents. Une véritable chaîne intergénérationnelle se tisse ainsi au cœur de la métropole, prouvant que l’engagement citoyen n'attend pas le nombre des années.

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Le goût du partage en circuit court

L’histoire locale s'amuse parfois de douces coïncidences que le cadre associatif alsacien met joliment en lumière. Sans grands discours moraux ni posture partisane, cette jeunesse redonne ses lettres de noblesse à l’altruisme pur.

Sans être tenu en laisse par une mairie ou des administrations. Ce qui n'implique, ainsi, aucune obligation de participer aux manifestations municipales ou de faire la claque avec les militants comme on a pu le voir aux réunions de l'ancienne mairie dans les quartiers.

Cette liberté s'exprime par le geste concret, le dialogue et la chaleur d'un repas partagé sur un coin de trottoir. Une belle démonstration que la solidarité la plus rayonnante se passe souvent de longs protocoles pour aller droit au cœur.


Maxime Gruber

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