Spécial municipales déjantées, il en faut. Et, c'est dans le Bas-Rhin, à Schiltigheim !
Que s'est-il passé au conseil municipal exceptionnel de cette ville ? Un nettoyage de printemps en attendant les élections pour essayer de s’imposer tout en laissant le guidon de la mairie à une padawan ?
On y est !
Un conseil municipal sous haute surveillance, sans vidéo-diffusion : on veut bien laver son linge sale, mais le public curieux devra attendre la lecture des Dernières Nouvelles d’Alsace ou de France 3. L’affaire est donc grave et la hantise d'un psychodrame, d'éventuelles révélations pouvant influencer le vote des municipales, est grande.
Les ordres du jour insolites, surtout avant les municipales.
Nous avons deux points à l'ordre du jour : le départ obligé sans ménagement des adjoints Patrick Maciejewski et Bernard Jenaste. La catapulte, à défaut de guillotine, est déjà installée bien avant l'arrivée des futurs condamnés.
Pour le premier, il s'agit d'un ami écologiste et ex-ami de toujours de la maire Danielle Dambach, il est le premier adjoint de la mairie de Schiltigheim.
Et, élément des plus importants dans ce procès aux allures de Moscou, il est conseillé à l'Eurométropole pour l'urbanisme et des mobilités. sous la férule dde deux vice-présidents : Alain Jund et... Danielle Dambach.
Sans oublier une autre fonction, celle de président de la CTS, (rien que ça). On peut donc être un premier adjoint, mais avec un agenda de ministre, ce qui doit plutôt bien aider pour les points de retraite.
Le second adjoint sur la sellette est Bernard Jenaste. Socialiste, il veut répondre à l'appel du grand large sous la bannière de son parti, ce qui crée des atermoiements avec les socialistes-écolos compatibles. Une façon de clore la cohabitation avec une majorité devenue un panier de crabes avant les échéances municipales ? On perçoit son soulagement.
Ainsi, nous imaginons les contraintes de la maire Danielle Dambach devant composer avec de fortes personnalités ayant la plupart du temps des avis divergents.
Sa liste « Schilick en commun », ce sont les partis agglomérés et certainement incompatibles de :
Schilick Écologie
Cap Schilick
Les Écologistes
Les socialistes
Le Parti communiste français
Place Publique
Alternative Alsacienne – ’s Linke Elsàss
Debout
Rien que ça ! Il vaut mieux rester « assis » pour avoir le temps de les nommer. Le trop n'est pas l'ami du bien. Ainsi, nous avons le nombre et des mariages de carpes et de lapins. Nous n'aurons aucune progéniture, mais des problèmes à répétition.
Cette alliance hétéroclite « Schilick en commun », devenue un machin disparate aux éléments ne pouvant se mélanger entre eux, n'a plus rien, justement, de commun. Le navire ne se scinde pas en deux, mais en trois, mieux que le Titanic.
Une opposition spectatrice.
Comme un troupeau de Vosgiennes regardant le train passer non sans intérêt, elle profite du spectacle. Néanmoins, le cœur n'y est pas pour participer à la bagarre.
Une opportunité gâchée, toutefois, elle peut gaffer.
Un des élus a affirmé que Mme Dambach aurait pu statuer avec des arrêtés plutôt que de convoquer un conseil. Eh non, la décision doit être prise en conseil municipal.
Patrick Maciejewski traîne sa peine…
Les amours en politique ne durent qu'un temps. Notre premier adjoint chargé de l’urbanisme et des mobilités voulant construire l'aménagement de la ville, le vilain mot, « l'ancienne », puisqu'on ne peut pas tout réinventer. Et, refusant de suivre les préconisations de la convention citoyenne du tram nord . Le guérillero urbain a fait son temps.
Après des années au service de la mairie et de Mme Dambach, il se sent spolié. La venue de Nathalie Jampoc-Bertrand à la tête de la liste « Schilick en commun » pour les élections municipales et le futur départ de la maire actuelle le fragilisent, surtout qu'il s'agit d'un faux départ. Elle veut tout simplement lever le pied pour se consacrer à l'urbanisme et aux mobilités comme conseillère de l'Eurométropole… Patrick Maciejewski risque d'être évincé de son job dans cette institution. Il y a de quoi être contrarié.
Danielle Dambach est pour la mise à mort brutale, elle sort l'arme fatale : la forfaiture, de quoi flinguer un politique en fin de mandat.
Les déclarations publiques de Patrick Maciejewski annonçant son intention de constituer une liste concurrente aux élections municipales aident bien: la rupture politique est actée. Le conseil municipal sert de caisse d'enregistrement.
Sans surprise, malgré un long argumentaire de Patrick Maciejewski saisi par cette séparation brutale après des années de bonheur, est démis de son poste d'adjoint. L'opposition a voté blanc et d'autres se sont abstenus.
La capitulation du premier front est effective, le combat continue sur le second.
Le spectacle commence enfin… et à couteaux tirés.
Le futur condamné ne lâche rien, nous avons un second frondeur bien plus pugnace dans la salle, et visiblement bien plus hautain avec la maire.
C'est Bernard Jenaste, tête de file socialiste de cette même ville, il enrage.
Il y a des tensions et des cadavres dans les placards de la mairie. Une socialiste devenue verte pour remplacer la maire sortante écolo de Schiltigheim, Danielle Dambach cela passe mal. Pour les socialistes, c'est une trahison, les Verts voient une magnifique opportunité et, pour les acteurs de cette tragicomédie, un règlement de comptes en public, et il y a un intérêt à le faire ainsi. Malgré cela, nous obtenons le scénario d'une mauvaise série. Netflix n'en voudra pas.
L'attaque finale vient de la maire.
Danielle Dambach l'accuse dans un communiqué sur son réseau social Facebook.
Les lecteurs de sa page étaient donc au courant de la situation.
« ... Des faits graves portés à la connaissance de la ville concernant Bernard Jenaste, adjoint à l’Etat-Civil et à la Mission Égalité, m’ont conduite à prendre des décisions immédiates.
Ces faits portent sur deux éléments distincts. D’une part, l’utilisation de données personnelles de citoyens à des fins politiques.
D’autre part, des démarches de recrutement politique impliquant des agents publics dans leur cadre professionnel et sur leur temps de travail, susceptibles d’avoir été assorties de promesses ou de contreparties.
Au regard de la gravité des éléments signalés, et afin de protéger l’institution municipale, les agents et la neutralité du service public, j’ai décidé du retrait immédiat de l’ensemble de ses délégations. J’ai procédé à un signalement auprès de la Procureure de la République. Il appartiendra désormais à la justice d’apprécier les faits et d’en tirer, le cas échéant, les conséquences… Elles ne préjugent en rien des suites judiciaires.... »
La politique à Schiltigheim, c'est compliqué, voici quelques explications.
Apparemment, l'épicentre du problème ayant provoqué tout ce drame est la passation de relais du futur maire en vue des municipales. En effet, Daniel Dambach désire, selon ses dires, devenir une humble et simple élue (tout en lorgnant l’Eurométropole). Ainsi, on ne se refait pas, l'expérience et l'âge donnent plus d'appétit. Et, en outre, pouvoir se préoccuper d'urbanisme et de mobilité sur un plan plus large, à l'Eurométropole. Certainement pour veiller en cas de victoire à la continuation de la descente aux enfers de la ville et de l'Eurométropole.
C'est donc son outsider préféré, Nathalie Jampoc-Bertrand, qui a en ses mains le bâton de relais pour la mairie.
Ainsi, cette dernière fait un envieux, Patrick Maciejewski et un ulcéré, Bernard Jenaste.
La raison est que Nathalie Jampoc-Bertrand, PS, a franchi le Rubicon du EELV.
Pourtant, en 2020, elle était à la tête du PS local. Malgré les injonctions de la fédération socialiste du Bas-Rhin, elle a rejoint la fine équipe de l'Eurométropole de Strasbourg comme vice-présidente de l'Eurométropole de Strasbourg. Un bel investissement qui sera payant pour l'EELV.
Cette première allégeance aux Verts la rend docile et perméable à leur idéologie.
Ayant voté « sans hésitation et avec conviction » pour l'extension du tram nord et avalisé les décisions d'EELV sans rechigner. Elle se doutait que son avenir au PS serait moins prometteur que chez les écologistes.
Schiltigheim comme maire vaut bien un changement de couleur, du rose au vert. Vu ses efforts, la voici, « héritière » si les élections sont favorables, de la maire sortante de Schiltigheim.
Bernard Jenaste prend le large…
Bernard Jenaste, devenu par les écarts de Mme Jampoc-Bertrand, « premier des socialistes », ne décolère pas et rêve de retrouver une liberté sans devoir transiger avec les élus verts de la municipalité et ceux changeant de parti selon leurs affinités.
Apprendre pendant ce même conseil municipal que Mme Jampoc-Bertrand est adoubée comme tête de liste de « Schilick en commun » comme un fait du prince de Mme Dambach n'aide pas à la sérénité. Les justifications de la maire n'ont pas convaincu.
Et, il le dit aux Dernières Nouvelles d'Alsace, ce 26 septembre : « Le PS existe, on a les reins assez solides pour y aller ».
La parole de trop ? Peut-être.
Cela montre aussi que nous avons des socialistes intransigeants et d'autres écolo-compatibles. Les dégâts seront difficiles à réparer et, en un sens, les Verts ont réussi leur travail de sape contre le PS en toute amitié. Le départ est prévu, et on l'a mis en scène.
Le « premier des socialistes» se défend...
Sûr de lui et avec une certaine hauteur, pour ne pas dire un peu arrogant, Bernard Jenaste répond aux accusations de la maire.
« Lorsque vous êtes adjoint à l’état civil, vous avez forcément les dossiers des gens. »
Et, il prétend n'avoir contacté qu'une seule personne, afin de créer une association au mois de juin qui n'aurait rien de politique. Le ton est donné : cela se réglera au tribunal.
Avec une certaine grandeur et de morgue, il quitte la salle après ses rapides explications pleines d'emphase et a invité sa conseillère déléguée, Mme Dulaurent, à le suivre.
Il est immédiatement démis de ses fonctions.
Un psychodrame non télévisé, comme c'est dommage de rater ce procès de Moscou…
On apprend qu'il n'y a pas eu de vidéo en direct du conseil municipal, car « cela revenait trop cher de faire venir un technicien », la belle affaire. Pingrerie ou tout simplement ne pas dévoiler tous les rebondissements de ces deux exclusions au public ?
Un résultat désolant qui n'honore pas la démocratie.
Nous exprimons notre gratitude aux participants de ce spectacle autant déplorable que captivant, bien qu'il ne contribue pas à valoriser ces trois listes présentes devant les urnes les 15 et 22 mars prochains. Les écolos ont voulu humilier la frange historique du PS ? Oui, on peut le percevoir ainsi. Un règlement de comptes entre les PS compatibles Écolos de Schiltigheim et ceux de la fédération du Bas-Rhin ? La maire et procureure a fait la leçon; aux électeurs de faire la leur aux prochaines élections municipales.
La frénésie des mini-listes électorales a atteint son point culminant, nous avons dix listes briguant la mairie et beaucoup de rancœur avant le conglomérat du deuxième tour. Un cycle trop bien établi à pulvériser ?
Maxime Gruber
