Le « Parc d’Attractions Sismiques » de l’Alsace Profonde

Par Gaston Foreuse• 10 août 2026
Le « Parc d’Attractions Sismiques » de l’Alsace Profonde

Le « Parc d’Attractions Sismiques » de l’Alsace Profonde


Hello bonjour les fans de la choucroute alsacienne sous atmosphère explosive ! Ici Gaston Foreuse, reporter géothermique indépendant, survivant de multiples secousses administratives

Témoin privilégié de la grande comédie tellurique qui se joue sous nos pieds... et parfois sur nos murs, nos plafonds, nos nerfs. Et même sur le chat du voisin qui ne comprend plus pourquoi la maison vibre comme un vibromasseur industriel.

Tout commence par un moment d’une poésie rare : Fonroche/Géorhin qui se réinvente en Arverne Lithium de France

Un changement de nom tellement soudain qu’on aurait dit un criminel en cavale qui se présente à la préfecture avec une moustache collée et un accent belge : “Bonjour, je ne suis plus Fonroche, je suis Arverne Lithium de France, enchanté.” Et la préfecture répond : “Ah mais oui, bien sûr, entrez donc, on adore les nouveaux amis.” Comme si repeindre un bulldozer en rose le transformait en licorne. Comme si mettre un tutu à un pachyderme le rendait léger.

Comme si coller un sticker “transition énergétique” sur un forage de 3 km le rendait soudain écologique

Ensuite, direction Soufflenheim, où Arverne Lithium de France a tenté d’installer une centrale à côté d’une école. Concept pédagogique : “Apprends la géothermie avant la géographie.” Les habitants ont répondu avec la douceur d’un troupeau de bisons sous amphétamines : “Non.” Et ils les ont renvoyés à grands coups de tatanes, façon “Merci, mais allez creuser ailleurs.”

Puis vient Schwabwiller, où Arverne Lithium de France termine son doublet

Tranquillement, oui, sauf le fait que la canicule transforme l’air en une sorte de vapeur marine sans les mouettes, sans la mer, mais avec l’odeur des moules en train de copuler à l’air libre. Une ambiance unique : “Schwabwiller Plage – venez respirer l’air chaud du forage et des fruits de mer en pleine extase.” On dirait une station balnéaire géothermique, mais sans les touristes, juste les habitants qui se demandent si leur village n’est pas en train de devenir un spa volcanique pour invertébrés.

Et, quand ils auront fini, direction Durrenbach

Là, on passe au niveau “boss final” : deux doublets, soit quatre forages, à 210 mètres d’une crèche. Le chantier devrait durer un an et demi minimum. Un an et demi où les bébés vont apprendre la géothermie avant même de savoir marcher. Un an et demi où les bébés seront bercés par les vibrations en concert unique des camions, des forages et des poussières environnantes. Un an et demi où les bébés feront leurs siestes au rythme du vrrrrrrrrr tellurique, comme si on les préparait à une carrière dans le BTP profond.

Un an et demi où les opérateurs diront : “Mais enfin, c’est pour la transition énergétique.”


Comme si ça justifiait tout, absolument tout, jusqu’à secouer les biberons.

Pendant ce temps, la population flotte dans un état psychologique qu’aucun psychiatre ne voudrait étudier sans prime de risque : un cocktail instable de tétanisation, de déception, de colère rentrée, de fatigue chronique et de ce fameux “on n’en peut plus, mais on ne sait même plus dans quel sens hurler”. S’organiser ?

À ce stade, c’est comme demander à un troupeau de hérissons de faire une chorale

On essaye, on se pique, on abandonne. Et la population, dans ce grand cirque géothermique, est traitée comme le Congo alsacien du lithium, la Guyane expérimentale des apprentis sorciers : un territoire pratique, loin des caméras, parfait pour tester des idées que même un stagiaire en ingénierie refuserait de proposer dans une réunion sérieuse. Ici, c’est rural : donc on peut secouer, fissurer, injecter, ré-injecter, re-fissurer, et recommencer jusqu’à ce que les habitants développent une expertise en sismologie malgré eux.

Quand ça râle, on dégaine la phrase magique, celle qui sert de passe-partout moral : “Mais enfin, c’est pour la transition énergétique.” Traduction locale : “Vous êtes assez loin pour qu’on puisse faire des bêtises avec la bénédiction du Président de la République Himself.”

Et, pendant que les camions vibrent, que les poussières s’invitent dans les salons, que les nerfs se tendent comme des câbles de forage, la population oscille entre résignation et envie de hurler dans un seau.

Mais on la félicite quand même : elle encaisse tout avec une patience qui ferait passer un moine tibétain pour un nerveux.

Dès qu’un groupe de riverains commence à se réunir, un nouvel opérateur annonce un nouveau doublet, et tout le monde repart dans un mélange de panique, de résignation et de “oh non, pas encore”.

On dirait une chorale sans chef d’orchestre : chacun crie, mais personne ne chante ensemble. Certains veulent se battre, d’autres veulent fuir, d’autres veulent juste dormir sans que leur lit fasse des petits bonds telluriques.

Et au milieu de tout ça, la préfecture accepte tout

Absolument tout. On dirait un vide-grenier administratif où chaque opérateur vient déposer son projet : “Bonjour, j’ai quatre forages, deux doublets, une crèche à proximité, un historique sismique, vous prenez ?” Et la préfecture répond : “Oui, bien sûr, posez ça là.” La préfecture, c’est un peu le Père Noël des opérateurs : tu demandes, tu reçois.

Quant à la DREAL, elle ne défend plus la population

Elle observe, elle note, elle coche des cases, elle dit “monitoring”, “résilience”, “optimisation du sous-sol”, et elle laisse faire.

Elle attend que ça tremble pour sévir. On dirait un arbitre qui a perdu son sifflet et qui dit : “Bon, si la maison tombe, là je fais un rapport.”

Et pendant que Arverne Lithium de France joue à “Secoue ton village”, voilà qu’ES Géothermie revient dans la danse, avec la grâce d’un pachyderme qui tente de refaire du ballet après avoir cassé la scène.

Leur centrale de Rittershoffen, fermée suite aux tremblements de terre de novembre et décembre 2025, attend sagement sa libération conditionnelle.

Fermée, oui. Mais pas calmée

Parce qu’ils ont obtenu le permis d’agrandir la centrale avec un nouveau doublet.

Permis certes suspendu pour le moment, certes. Suspendu comme un enfant puni qui attend que la maîtresse ait le dos tourné pour recommencer.

Et quand Rittershoffen aura fini de trembler, ES Géothermie ira creuser un autre doublet à Soultz-Sous-Forêts pour remplacer sa vielle centrale partie en EPADH pour géothermie réformée. Pourquoi se limiter à un seul endroit quand on peut secouer toute la région ? Et puis il y a Strasbourg, qui pensait en avoir fini avec « Fonroche and Co ». Mais ça, c’est mal connaître les ambitions de ces derniers. Ils veulent reprendre le chantier abandonné par Fonroche, parce que “c’est chez eux”.

C’est pratique, un changement de nom : “Regardez, on n’est plus les mêmes !” Oui, bien sûr.

Comme si repeindre un bulldozer en rose le transformait en licorne. Voilà donc tous ces projets, dans une région à peine plus grande qu’un donut. Un donut géothermique où chaque opérateur semble jouer à : “Qui fera le plus de trous avant que le sous-sol ne demande un avocat ?”

La région tremble comme un flan posé sur un trampoline, mais ce n’est pas la faute des forages, voyons.

Non, non : c’est la faute des murs, des fondations, des habitants qui ont eu l’audace de vivre là où on a décidé de creuser. On attend encore l’invention de la fissure citoyenne, imputée à un manque d’engagement dans la transition énergétique. L’Alsace du Nord est devenue un laboratoire grandeur nature : on creuse, on injecte, on réinvente la tectonique locale, on secoue les meubles, et si les habitants protestent, on leur explique que “statistiquement, tout va bien” et que tout est de la faute de leur maison mal construite

Statistiquement, peut-être. Humainement, c’est une autre histoire.

Gaston Foreuse


Commentaires (3)

L

lang

il y a 8 jours

On tremble , où sont passées les structures qui nous défendent ? Surtout ne pas compter sur l'état ni sur ses représentants ( préfets ,Ars etc ) pourévaluer les risques immédiats et surtout futurs

B

Batt

il y a 13 jours

Merci d'avoir récapitulé, avec humour, les malheureuses expériences subies par des habitants alsaciens impuissants à empêcher ce carnage !

L

Laybourn

il y a 17 jours

Très bon article !

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