L’Alsace, ses rivières polluées, ses nappes intoxiquées, ses routes arrosées… et ses priorités qui font du breakdance
De Gaston Foreuse qui écrit quand il en a envie, ce qui déplaît fortement à ses fans, à son boss, à son psy, à son percepteur. Et, à tous ceux qui pensent qu’on gère une crise hydrique avec un PowerPoint
L’Alsace est devenue la région où les rivières sont plus chargées que les cocktails d’un bar clandestin du temps d’Al Capone — sauf qu’ici, ce n’est pas du whisky frelaté qui coule, mais un mélange artisanal de pesticides, de métaux lourds et d’hydrocarbures.
On dirait que quelqu’un a confondu “cours d’eau” avec “déchetterie liquide”
Les poissons hésitent entre mourir ou demander l’asile écologique en Forêt-Noire — parce que au point où on en est, même les brochets veulent changer de pays.
Les berges sentent la chimie plus que les labos de Strasbourg, au point qu’on se demande si les plantes ne vont pas finir par demander un masque FFP2.
Et pendant que les rivières agonisent, on nous dit : “Tout va bien, c’est sous contrôle.” Sous contrôle de qui ?
De la pollution elle-même, probablement — elle a l’air de très bien se gérer toute seule.
La nappe phréatique du Rhin, celle qui sert d’eau potable à 5 millions de personnes, est intoxiquée à 96%.
Un chiffre qui devrait déclencher des sirènes, des hélicoptères, des nuits blanches, des plans Marshall, des crises de panique, des “mon Dieu qu’est-ce qu’on a fait ?”.
Mais non. On nous dit : “On surveille.”
Surveille quoi ?
Le moment où la dernière molécule d’eau potable va se faire la malle ?
Le moment où les PFAS vont commencer à payer un loyer tellement ils sont installés ?
Ou le moment où la nappe phréatique va envoyer sa lettre de démission avec un post-scriptum : “Débrouillez-vous.”
Pendant que les routes se transforment en aquaparks agricoles, ce n’est plus “les agriculteurs” qu’on voit à l’œuvre : c’est la FNSEA, ce syndicat tellement puissant qu’il pourrait probablement obtenir un arrêté préfectoral pour arroser la lune si ça l’arrangeait.
Les agriculteurs arrosent tout. Les routes, les fossés, les voitures, les cyclistes, les piétons, les panneaux de signalisation, parfois même les nuages quand la buse est mal réglée. Pendant que nous, habitants lambda, nous devons respecter les arrêtés préfectoraux sous peine d’une fessée amende.
Et, pourquoi font-ils cela ?
Parce que quand on a un patron tellement riche qu’il pourrait remplir sa piscine avec de l’eau minérale importée par hélicoptère, on peut se permettre de se moquer du reste du monde.
Les agriculteurs arrosent à midi, en plein soleil, par 42 °C, quand l’eau s’évapore plus vite qu’un engagement politique.
Ils arrosent tellement large que les routes deviennent des piscines olympiques. Ils arrosent tellement fort que même les pigeons glissent. Ils arrosent tellement souvent que les routes ont plus d’eau que le Rhin en été.
Et quand on ose demander : “Vous pourriez régler vos machines ?”
Les agriculteurs répondent : “On a la loi Duplomb, on a les dérogations, on a les réseaux, on a les appuis… et vous, vous avez vos gourdes.”
La loi Duplomb, ce n’est pas une loi : c’est un aspirateur industriel.
Normal : elle porte le nom d’un syndicaliste FNSEA, figure d’un lobby tellement puissant qu’il pourrait probablement siphonner la mer du Nord en invoquant ‘l’urgence agricole’.
Un lobby qui avance comme un bulldozer hydrique, qui obtient ce qu’il veut, quand il veut, comme il veut — et qui, soyons honnêtes, n’a pas exactement l’air de perdre le sommeil pour trois nappes phréatiques en PLS.
Duplomb, dans le paysage, c’est un chef d’orchestre qui jouerait avec un tuyau d’arrosage : il lève la main, et l’eau coule ; il baisse la main, et l’eau coule encore ; il dit “urgence”, et tout le monde s’écarte ; il dit “agriculture”, et les préfets prennent des notes ; il dit “dérogation”, et les arrêtés tombent comme des confettis.
La PPE3, censée protéger l’eau des habitants, fond instantanément dès que Duplomb-FNSEA entre dans la pièce. On dirait un glaçon posé sur un barbecue.
Et ça, évidemment, c’est le genre de détail qu’on glisse sous un tapis tellement grand qu’on pourrait y cacher : un forage, une centrale, trois préfets, un arrêté sécheresse, un tracteur FNSEA qui arrose la route, un ingénieur qui répète “c’est circulaire”, et un opérateur qui dit “on ne prélève presque rien” en regardant ailleurs.
Les prairies sont grillées. Les éleveuses et les éleveurs peinent à nourrir leurs animaux. Les stocks de fourrage fondent plus vite que les glaciers alpins.
Et, pendant que les troupeaux manquent de nourriture, une partie du fourrage continue d’être envoyée… aux méthaniseurs.
Oui, aux méthaniseurs. Ces machines qui avalent du fourrage pour produire du gaz pendant que les animaux, eux, n’ont plus rien à manger.
La Confédération paysanne hurle : “Le fourrage n’a pas vocation à alimenter les méthaniseurs.”
Mais, les méthaniseurs, eux, ont faim.
Très faim. Et, ils ont des contrats. Et, des subventions. Et, des tuyaux. Et, des appétits qui ne connaissent pas la sécheresse.
Et, pendant que la FNSEA arrose, que les méthaniseurs engloutissent du fourrage, que les opérateurs affûtent leurs pompes, que les glaciers fondent, que le Rhin se ratatine, que les nappes agonisent, que les troupeaux manquent de nourriture, que les habitants comptent leurs gouttes, les autorités répètent : “Ne vous inquiétez pas, on surveille.”
Et les opérateurs de géothermie – extraction de lithium ? qu’est qu’ils font ? Ils attendent bien sagement leur tour.
Car pour couronner le tout :
Produire une tonne de carbonate de lithium exige, grosso et merdo, entre 30 000 et 50 000 litres d’eau douce — siphonnés directement dans NOTRE nappe, déjà exsangue, déjà intoxiquée, déjà en train de hurler “STOP” pendant que certains continuent de pomper comme si elle était un puits sans fond et nous, des figurants hydriques.
Sous ce tapis, il y a aussi : les bilans hydriques non publiés, les pertes rebaptisées “évaporation stratégique”, les purges renommées “flux opérationnels confidentiels”, les appoints camouflés en “ajustements hydriques dynamiques”, et les nappes phréatiques qui envisagent une reconversion dans le tourisme parce qu’au moins là, on ne les pompe pas.
Les agriculteurs arrosent les routes.
Les opérateurs attendent leur tour pour devenir prioritaires.
Les lois se contredisent.
Les glaciers fondent.
Le Rhin s’assèche.
Les nappes s’intoxiquent.
Les habitants doivent “faire un effort”. Et, les autorités “surveillent”.
Et, pendant que tout le monde joue au ping-pong avec la nappe phréatique — les uns arrosant les routes comme si c’était un rituel païen, les autres préparant leurs pompes industrielles comme des vampires hydriques — on nous répète encore et toujours : “Ne vous inquiétez pas, on surveille.”
Eh bien non. On ne surveille rien. On regarde l’Alsace devenir un décor post-apocalyptique où les rivières ressemblent à des cocktails toxiques, où la nappe phréatique agonise comme un animal blessé. Où le Rhin se ratatine comme une vieille éponge, où les glaciers fondent comme des illusions politiques, et où les habitants sont priés de se débrouiller avec ce qu’il reste.
On regarde des lois qui se contredisent
Des priorités qui s’inversent, des pollutions qui s’installent, des pompages qui s’accélèrent. Des champs qui arrosent les routes, des opérateurs qui affûtent leurs tuyaux, et des autorités qui prennent des notes comme si elles assistaient à un spectacle.
Et, si quelqu’un ose demander : “Mais… on fait quoi ?” La réponse tombe, toujours la même, toujours aussi vide : “On surveille.”
Alors voilà la vraie chute, celle qui pique, celle qui mord, celle qui ne laisse personne respirer :
Si on continue à “surveiller” au lieu d’agir, il ne restera bientôt plus rien à surveiller — juste le moment précis où la dernière goutte d’eau dira “bonne chance” et se fera la malle.
Gaston Foreuse, en mode toujours moqueur mais quelque peu désespéré
