La « Route romane d’Alsace » : ce grand moment où le Rhin s’arrête à la douane française
Il existe des catastrophes patrimoniales discrètes.
Pas de pelleteuses.
Pas d’explosifs.
Pas même un rond-point : juste une brochure subventionnée.
La « Route romane d’Alsace », fièrement promue par l'Agence de développement touristique d’Alsace et la région « Grand Est », réussit cet exploit bureaucratique : faire disparaître plus de mille ans de civilisation rhénane derrière une frontière administrative française dessinée au Stabilo.
Une prouesse.
Parce que : l’art roman alsacien n’est pas tombé du ciel républicain un matin de 1793 entre un kougelhopf et un arrêté préfectoral.
Il appartient au vaste monde rhénan : de Bâle à Mayence, en passant par Strasbourg, des abbayes impériales aux grands chantiers du Saint-Empire romain germanique.
Mais, notre route romane officielle, elle, s’arrête pieusement à Wissembourg.
Après ? Le vide civilisationnel. Les ténèbres. Probablement, des hordes de Bavarois mangeurs de saucisses roulant sans limitation de vitesse.
