Historien « mercenaire » du Grand Est

Par Maxime Gruber• 23 juin 2026
Historien « mercenaire » du Grand Est

Historien « mercenaire » du Grand Est

Georges Bischoff a trempé sa plume dans le fiel pour contester le projet d’une nouvelle Région Alsace soutenu par la majorité de la population.


On le sait, la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) souhaite s’émanciper de la RGE et obtenir un statut spécifique dans le cadre de l’article 72 de la Constitution. Les arguments avancés par l’universitaire peuvent être contestés, et de nombreuses critiques se sont déjà fait entendre. Ce qui est déterminant relève d’une ambition politique collective : le projet Région Alsace répond à une volonté démocratique et ne peut pas être « ligoté » par le passé.

Inutile d’invoquer Sainte Odile et son père Etichon, duc d’Alsace (de 662 à sa mort en 690) ! La France est à l’origine de l’unification de l’Alsace moderne lors du XVIIe siècle, avec l’annexion des deux landgraviats de Haute et de Basse-Alsace et des villes libres d’Empire après la fin de la guerre de Trente Ans. Durant cette période (1648-1681), elle a mis en place des institutions pour l’ensemble de la province, à commencer par le Conseil Souverain d’Alsace et la fonction d’Intendant (installé à Strasbourg en 1682). Certes, l’espace alsacien de l’époque était légèrement différent de la situation actuelle (Belfort en faisait partie, contrairement à l’Alsace Bossue), mais le doute n’est pas permis : l’Alsace existait ! Paradoxalement, la notion d’Alsace-Lorraine est une invention « allemande » (traité de Francfort, 10 mai 1871), même si elle a été abondamment exploitée par le nationalisme de la IIIe République.

La réforme de 2014 a fusionné l’ancienne Région Alsace (de 1972) avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne, au mépris des engagements internationaux de la France (Conseil de l’Europe) et sans consultation de ses habitants.

Oui, le référendum de 2013 proposant un Conseil unique d’Alsace avait échoué, sachant que ce refus était surtout imputable au mode de scrutin (taux de participation et majorité requis dans les deux départements) et à une campagne particulièrement confuse (« flou » cultivé par Philippe Richert, qui n’a pas su convaincre).

Aujourd’hui, le cadre départemental est devenu archaïque et coûteux ; il faudra attendre le prochain rapport de l’Inspection générale de l’Administration pour connaitre les critiques pesant sur la CeA, alors qu’un retour en arrière pour reconstituer le Haut- et le Bas-Rhin est peu probable. Quant à la RGE, son bilan a déjà été analysé par de nombreux experts, y compris la Cour des comptes.

Des économies réelles et substantielles seraient possibles grâce à une vraie refonte administrative : la première mesure serait la suppression d’une Préfecture, sur le modèle du … diocèse de Strasbourg (opportunément cité par le pamphlétaire). La restructuration de la carte territoriale, notamment les Communautés de communes, permettrait une rationalisation des services publics, avec des entités plus petites ; le nombre de 20.000 habitants fixé par la loi NOTRe ayant abouti à des conglomérats trop vastes et hétérogènes. L’architecture institutionnelle régionale devra tenir compte de la diversité des communes et de leurs liens particuliers, tout en prévoyant un cadre intermédiaire (cf. Landkreise allemands).

Une gouvernance plus proche serait favorisée par l’élection des exécutifs locaux au suffrage universel direct (respect du principe de séparation des pouvoirs). Tout ceci sera possible grâce à un statut particulier !

La question de l’identité culturelle suscite de nombreuses polémiques (cf. Corse), inutiles et toxiques. La connaissance de la langue régionale (dialecte et allemand) ne sera pas obligatoire dans la future Région Alsace, qui ne réclame pas une « uniformisation » incompatible avec ses valeurs humanistes.

À la différence de l’État, elle n’imposera rien ; toutefois, elle encouragera la transmission de ce patrimoine linguistique aux nouvelles générations (de toutes origines). Georges Bischoff fait mine de l’oublier : la Guerre des Paysans (Bauernkrieg, 1525) est un « marqueur » symbolique pour l’Alsace et de nombreux Alsaciens, au même titre que le drame des Malgré-Nous. Du reste, le pluralisme religieux (statut des cultes) est un autre exemple du « vivre ensemble » entre Vosges et Rhin.

Il est temps de se tourner vers l’avenir, qui se construit au sein d’une Europe unie. Le morcèlement départementaliste « qui affaiblirait encore plus l’Alsace au sein de la RGE » est un non-sens !

Une nouvelle page d’Histoire sera écrite dans les mois qui viennent, si le Parlement accepte d’accorder à l’Alsace ce qui lui est dû. Libre à Georges Bischoff d’instruire les « procès en patriotisme » contre l’Alsace, avec ses références nauséabondes au IIIè Reich. La lecture de « l'Affaire du Bandele » en dit long sur les réminiscences du « complexe alsacien » qui sont toujours instrumentalisées par certains milieux pour empêcher l’Alsace de déterminer librement son destin.

Renée Wahlholtz


Dessin de l’auteur & co

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