Heineken, Crédit Mutuel et l’inconnue publique
On apprend par la presse que Heineken envisagerait de céder le site de l’Espérance au Crédit Mutuel.
Une telle opération soulève inévitablement plusieurs interrogations, à commencer par celle du prix : a-t-il déjà fait l’objet de discussions, explicites ou informelles, avec les pouvoirs publics ? Comme chacun sait, la valeur d’un foncier de cette ampleur ne se décrète pas dans l’absolu ; elle dépend directement de son potentiel de constructibilité, autrement dit des choix d’urbanisme qui relèvent précisément de la collectivité.
Dès lors, comment fixer un prix sans connaître le cadre futur ?
Faut-il comprendre que ces paramètres sont déjà, au moins en partie, esquissés en coulisses ? Ou bien que l’acquéreur potentiel parie sur une évolution favorable, quitte à peser ensuite de tout son poids pour orienter le projet ? La question mérite d’être posée : le Crédit Mutuel se contentera-t-il d’attendre patiemment les arbitrages publics, ou cherchera-t-il à accélérer le mouvement en imposant, de facto, une vision d’aménagement ?
Dans ce jeu, la position de l'Eurométropole de Strasbourg est évidemment centrale. Entend-elle laisser faire une transaction privée sur un site aussi stratégique, ou envisage-t-elle d’activer ses leviers, jusqu’à l'éventuelle préemption afin de garder la maîtrise de l'évolution du lieu ? La question est d’autant plus sensible que l’histoire récente a montré la volonté des collectivités de cadrer étroitement les grandes opérations urbaines.
En arrière-plan, plane l’ombre du tramway
Le tracé envisagé, appelé à traverser ou longer le site, constitue un élément structurant décisif : il conditionne simultanément l’intensité urbaine, les usages futurs et, par ricochet, la valeur même du foncier. Or ce projet reste incertain, discuté, parfois contesté.
Au fond, tout se passe comme si chacun avançait ses pions sur un échiquier dont les règles ne sont pas encore totalement fixées. Le vendeur espère convenablement valoriser son actif, l’acheteur anticipe des perspectives favorables, et la puissance publique temporise, encadre, voire retarde – officiellement pour mieux maîtriser, officieusement peut-être pour ne pas trancher trop vite.
Une chose est sûre : derrière cette opération apparemment classique se joue bien davantage qu’une simple transaction immobilière. C’est une certaine idée de la ville, de son développement et de sa gouvernance qui se dessine – ou qui, pour l’instant, hésite encore à se révéler.
Les Schilickois attendent de l'Eurométropole un nouvel exécutif défendant leurs intérêts.
Fre'lonne
