Eurométropole de Strasbourg : l'audit Trautmann et le silence des copilotes

Par Le Maringouin• 22 septembre 2026
Eurométropole de Strasbourg : l'audit Trautmann et le silence des copilotes

Eurométropole de Strasbourg : l'audit Trautmann et le silence des copilotes

L'audit Deloitte vient accabler la gestion écologiste. Mais, l'Eurométropole n'a jamais été pilotée par les seuls écologistes, et ceux qui ont siégé à l'exécutif de Pia Imbs pourraient aujourd'hui nous donner leurs explications

Un audit qui fait du bruit

Vendredi 18 septembre, Catherine Trautmann a présenté l'audit financier confié au cabinet Deloitte pour la Ville de Strasbourg et l'Eurométropole (en viendront d’autres). Coût de la mission : 103 000 euros. Verdict de la maire et présidente de l'EMS : la collectivité est « dans le mur », ou tout près. Pour l'Eurométropole, les chiffres se lisent vite. La dette est passée de 579 millions d'euros en 2020 à 911 millions en 2026. L'épargne brute plonge cette année, sous l'effet des frais financiers et de recettes qui ne sont pas arrivées comme prévu. L'épargne nette deviendrait négative en 2027. Deloitte estime à environ 45 millions d'euros l'effort nécessaire pour retrouver une trajectoire tenable. Le budget annexe des mobilités est passé d'une vingtaine de millions à une soixantaine. Une grande partie de la capacité d'investissement du nouveau mandat est déjà absorbée par les opérations programmées. Catherine Trautmann y voit un deuxième coup de massue, après celui de la Ville.

Une responsabilité qui dépasse la mairie

Le réflexe est connu. On cherche le coupable à l'hôtel de ville, on trouve Jeanne Barseghian, on classe le dossier. C'est commode, facile mais c'est incomplet. L'Eurométropole n'est pas la Ville de Strasbourg. Son conseil compte cent membres, et la loi interdit à une commune, fût-elle la plus grosse, d'y détenir plus de la moitié des sièges.

Du 15 juillet 2020 au 10 avril 2026, la présidente s'appelait Pia Imbs, maire de Holtzheim. Elle dirigeait une coalition de maires et d'écologistes, avec Jeanne Barseghian et Danielle Dambach comme présidentes déléguées. Sur les vingt vice-présidences, dix revenaient à des élus de communes autres que Strasbourg.

Un exécutif se partage. Ceux qui y siègent portent une délégation, votent les budgets, valident les programmations pluriannuelles. Quand la dette grimpe de plus de 300 millions d'euros en six ans, la question ne concerne donc pas qu’un seul groupe politique.

La trajectoire était connue

Cette trajectoire, tout le monde pouvait la voir. La Chambre régionale des comptes a publié ses rapports en 2025. Jean-Philippe Vetter, élu Les Républicains devenu président de la commission des finances de la Ville, affirme lui-même qu'elle était connue depuis plusieurs années. « Cet audit est une confirmation, pas une découverte. Les difficultés étaient déjà connues avant les élections municipales. La Chambre régionale des comptes avait elle-même tiré la sonnette d’alarme » rappelle celui qui s’est opposé. Si elle l'était, où est la trace publique d'une alerte venue de l'intérieur de l'exécutif métropolitain ? Un maire a-t-il levé la main en séance ? Un vote contre, une abstention motivée, un courrier à la présidente, une tribune ? Ou a-t-on préféré se taire, par loyauté de coalition, par confort, par crainte de fâcher les partenaires qui finançaient la voirie, l'équipement ou le tram de sa commune ?

Ce que les écologistes contestent

Le dossier ne se réduit pas à ce réquisitoire. Les écologistes contestent la lecture de Deloitte.

Courageux ou idéologique, Syamak Agha Babaei, ancien premier adjoint aux finances, avance que l'audit ignore les provisions constituées par la collectivité et oppose 38,4 millions d'euros d'épargne brute pour 2026 aux 23 millions du cabinet. Mais au moins, il assume.

Les élus insoumis dénoncent une opération de communication payée sur fonds publics.

La Ville est par ailleurs plus abîmée que l'Eurométropole, selon la présentation de l'audit, et la hausse des taux comme les recettes manquantes ne relèvent pas de la seule gestion locale.

Les copilotes d'hier, l'exécutif d'aujourd'hui

Ces réserves n'effacent pas la question des copilotes. L'actualité la rend même plus piquante. Le nouvel exécutif de Catherine Trautmann compte neuf maires de l'Eurométropole, dont Thibaud Philipps à Illkirch-Graffenstaden et Catherine Graef-Eckert à Lingolsheim.

Qu’en est-il des autres maires qui travaillaient avec Pia Imbs et qui ont quitté l'exécutif, pas la scène. Ils siègent toujours, ils votent toujours, et ils ont eu six ans pour regarder les chiffres.

Ce qu'il leur reste à expliquer

Aux maires de droite et du centre qui ont copiloté l'Eurométropole avec Pia Imbs, la question est donc simple : qu'ont-ils cautionné ? Quels budgets ont-ils votés, et pourquoi ? Quels signaux ont-ils vus, et à qui les ont-ils montrés ? Quels investissements auraient-ils refusés, si on le leur avait demandé ? Et, que diront-ils à leurs administrés quand l'effort de 45 millions d'euros tombera sur les services publics ? Quand les audits des SEM tomberont dans les médias ?

Les habitants de l'Eurométropole n'attendent pas un procès. Ils ont droit à une réponse. Et, si une omerta s’installait, il ne faudrait pas s’inquiéter du rejet de la politique et des politiques…

Le Maringouin


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