Et, si les élus prenaient leur retraite comme tout le monde ?
Un âge moyen qui interroge
Il y a un chiffre qu'on n'aime pas trop regarder en face : l'âge moyen de nos parlementaires dépasse allègrement les 60 ans, quand celui de la population active, lui, plafonne bien en dessous. Pendant qu'on explique aux Français qu'il faut travailler plus longtemps, certains élus, eux, enchaînent les mandats jusqu'à 75, 80 ans, parfois plus, sans que personne ne trouve ça choquant. Alors posons la question, frontalement : pourquoi les élus échapperaient-ils à la règle qu'ils imposent aux autres ?
Retraite : une règle pour tous, sauf pour eux
Dans le privé, un salarié atteint l'âge de la retraite, il part. Fin de contrat, transmission, place aux suivants. C'est une mécanique normale, presque biologique, qui permet le renouvellement des équipes, des idées, des énergies. Dans la sphère politique, cette mécanique n'existe pas. Un mandat succède à un autre, un cumul succède à un renouvellement, et l'on se retrouve avec des responsables publics qui gouvernent, décident, votent des lois sur l'avenir. D'un pays qu'ils ne verront, pour beaucoup, qu'en spectateurs.
Les candidats au Sénat prévoient leur retraite « en or » ?
Ce n'est pas une question d'âge, c'est une question de renouvellement. Ce n'est pas une question d'âgisme. Ce n'est pas dire que l'expérience ne vaut rien, elle vaut beaucoup, et personne ne le conteste. C'est une question de cohérence et de renouvellement démocratique. Comment demander à un jeune de 25 ans de patienter, de faire ses preuves, d'attendre « son tour », quand ce tour n'arrive jamais parce que les places sont occupées depuis 30 ou 40 ans par les mêmes visages ?
Une remise à niveau, pas une punition
Imposer un âge limite pour les mandats parlementaires et pour la présidence des collectivités locales ne serait donc pas une punition. Ce serait une remise à niveau. Le même principe que celui qu'on applique à un pilote de ligne, à un chirurgien, à n'importe quel métier où la responsabilité collective impose une limite claire : passé un certain âge, on transmet, on n'occupe plus le poste indéfiniment.
Les objections, et leurs limites
Les arguments contre-fusent, bien sûr. « L'expérience est précieuse. » Certes, l'expérience peut aussi se transmettre autrement que par le maintien perpétuel au pouvoir : conseil, mentorat, transmission active plutôt que rétention du pouvoir. « La démocratie, c'est le peuple qui choisit. » Mais quand le système structurel favorise le sortant, l'ancienneté, les réseaux constitués depuis des décennies, le « choix » du peuple devient largement biaisé en faveur de ceux qui sont déjà installés.
Le vrai sujet : qui assume les décisions de demain ?
Ce n'est pas l'âge en tant que tel, c'est la capacité ou l'incapacité de notre système à se renouveler. C'est le fossé qui se creuse, mandat après mandat, entre ceux qui décident et ceux qui subissent les décisions sur le temps long : le climat, les retraites, la dette, l'école. Des sujets qui engagent des décennies, votés par des générations qui, elles, n'auront pas à en assumer les conséquences sur la durée.
Rouvrir le débat
Alors oui, la proposition est polémique. Elle dérangera. Elle se heurtera à ceux qui y voient une remise en cause de leur légitimité, de leur savoir-faire, de leur droit à continuer. Mais, parfois, c'est justement l'inconfort d'une idée qui révèle sa nécessité.
Il est temps de rouvrir cette controverse, sans tabou et sans complaisance
Donnons le pouvoir aux plus jeunes, ou aux générations sacrifiées par ceux qui font les mandats de trop. Ne laissons pas aux retraités la décision concernant la retraite des étudiants d’aujourd’hui…
Le Moustique
