Écologie

Alsace : data centers, voitures électriques et saumures !

• 23 janvier 2026
Alsace : data centers, voitures électriques et saumures !

Data centers, voitures électriques et saumures : les nouvelles cigognes de l’Alsace du Nord

Par Gaston Foreuse et sa bande d’experts géothermiques autoproclamés, amateurs de jacuzzis volcaniques subventionnés et fins chasseurs de tremblements soigneusement sélectionnés pour secouer uniquement chez les autres

Alsace du Nord – Collection printemps 2026 (et plus si affinités)

Jadis havre de paix pour cigognes en burn-out et bretzels en voie de caramélisation, l’Alsace du Nord est aujourd’hui le plateau de tournage d’un blockbuster écolo-industriel. Où les foreuses valsent plus vite que les danseurs de bal populaire. Entre géothermie profonde et chasse au lithium, la région ne vibre plus seulement au son des cloches, mais également au tempo sismique des ambitions du XXIᵉ siècle.

La géothermie profonde : ou comment cuire la choucroute à 5 km sous terre

 On pourrait présenter l’opération comme une caresse géothermique. Mais autant dire les choses franchement : on troue la croûte terrestre comme si c’était du carton, on siphonne sa chaleur pour offrir à quelques industriels en manque de hammam infernal leur petite séance de bien-être. Puis on asperge le tout d’un cocktail d’acides qui ferait frémir un laboratoire clandestin.

Et là, ô surprise, le lithium apparaît — tout propre, tout vert, tout éthique, juré-promis-craché. Une prouesse écologique, paraît-il : il suffit de martyriser un sous-sol, de le faire suer comme un marathonien sous amphétamines, de lui injecter de la chimie façon karcher moléculaire, et de prier pour que les failles ne décident pas de faire leur coming-out sismique.

Mais, rassurez-vous qu’ils disent : c’est pour sauver la planète (et accessoirement, quelques bilans financiers). Mais, en Alsace, on garde le flegme : 

« Un petit tremblement ? C’est la Terre qui nous fait une ola ! »

Philosophe un ingénieur, la main sur la foreuse et l’autre sur un Riesling, histoire de garder l’équilibre.

Le lithium, cet “or blanc” qui fait briller les yeux de ceux qui savent compter plus vite que réfléchir.

Puisqu’on n’a jamais assez creusé, on s’est dit qu’après avoir retourné le sous-sol comme une vieille nappe, on pouvait bien y chercher du lithium. Ce métal si léger qu’il semble flotter au-dessus du bon sens se cache dans les saumures géothermales. Parfait : on chauffe, on aspire, on extrait. Une sorte de spa industriel, mais pour foreuses. On nous assure, avec une sincérité de vitrine, que sans lithium, nos téléphones seraient aussi vifs qu’un poisson rouge empaillé. 

Ensuite, pour parfaire la berceuse, on nous explique qu’il vaut évidemment mieux traiter cette ressource chez nous, dans un cocon de normes impeccables, plutôt que de laisser ces pays lointains s’en occuper “à leur manière”. Parce que chez nous, c’est bien connu, nous avons des normes, des “codes de bonne conduite”, un code minier si généreux que chacun peut y piocher ce qu’il veut et repartir avec ce qui l’arrange. Une sorte de self-service réglementaire où l’on choisit la règle du jour comme on choisit une pâtisserie.

Néanmoins, à Lauterbourg, l’or blanc arrivera… en conteneurs. Depuis ces mêmes pays qu’on prétend vouloir sauver de leurs propres pratiques. Et, c'est notre nappe phréatique qui aura l’honneur d’être la variable d’ajustement.
Mais, rassurons-nous : tout sera fait “dans les règles de l’art”. On imagine déjà l’encadrement en bois noble.
« C’est la fondue énergétique ! » s’exclame un élu, ravi comme devant un appareil à raclette en promotion. « On plonge, on remonte du courant, de la chaleur ET du lithium ! »
Quant à nos élus, on pourrait presque admirer leur prudence… si elle existait.
Mais rendons à César ce qui n’est surtout pas à nous : ceux qui ont voté sans comprendre ne sont pas les nôtres.
Non, ce sont ceux du village d’à côté. Ils ont levé la main avec la grâce d’un automate mal réglé, sans lire, sans demander, sans même feindre l’intérêt. Une performance.
Enfin, pourquoi s’embarrasser de questions quand on peut cocher « oui » en rêvant déjà aux retombées économiques imaginaires ? La sécurité des habitants, l’environnement, la cohérence… tout cela pèse bien peu face au confort de ne jamais avoir à reconnaître qu’on s’est peut-être trompé. La terre tremble, mais eux restent droits : l’ego est un excellent stabilisateur.


Effets secondaires non contractuels :

• Séismes à intensité variable, selon l’humeur du sous-sol.
• Eau souterraine transformée en boisson énergisante pour foreuses épuisées.
• Ambiance “casserole oubliée sur le feu” garantie.
• Tartes flambées subtilement parfumées au soufre volcanique.


La terre danse, les maisons bondissent comme des gazelles paniquées, et tout le monde semble trouver cela d’un charme presque folklorique.
Une secousse, un frisson, un soupçon d’angoisse… puis retour aux programmes télé, comme si la planète n’avait pas tenté de nous glisser un avertissement en mode vibration prolongée.


Un procédé écologique (sauf pour l’eau, la terre et la transparence)

Pour extraire ce doux lithium ? Rien de plus simple : il suffit d’engloutir quelques piscines olympiques d’eau potable, de faire mousser des éponges en aluminium remplies de gentilles substances chimiques, et de rincer le tout à grande eau. Facile. Propre. Classé « top secret », bien sûr, pour ne pas froisser les âmes sensibles.
« Vous avez des questions ? Nous, non plus. C’est ça, la modernité éclairée”, confie un élu, occupé à choisir la couleur de son futur bureau au data center qui remplacera le dernier pâturage.


Région pilote (à sacrifier)

La petite cerise radioactive sur le kougelhopf : l’Alsace du Nord, fière élue, devient la vitrine mondiale de l’expérimentation géo-industrielle. Pas de garantie, pas de retour, pas de notice – ici, on joue à l’aveugle, mais avec panache ! Tout fonctionne au feeling, à l’instinct, à la bonne franquette alsacienne.
Et, pour couronner le pompon à coup de riesling, un projet d’un magnifique parc industriel avec en primeur un data center dernier cri. Aussi discret qu’un éléphant dans un magasin de poterie, va venir s’installer selon le bon vouloir de notre gouvernement : il engloutira allègrement notre eau et notre électricité, et viendra remplacer nos vaches et nos chevaux.
Mais c’est pour la bonne cause, paraît-il. Finalement, quoi de mieux qu’un petit sacrifice local pour alimenter le progrès mondial ? Santé !
Et nous, dans tout cela ?

Gaston Foreuse