« Allô le Parquet ? Vous avez oublié de me convoquer ! »
Bally Bagayoko est impatient d'avoir des nouvelles du PNF
Il y a des courriers administratifs qui mériteraient de figurer en bonne place au podium de la naïveté institutionnelle.
Prenons la missive adressée en ce bel été au Parquet National Financier par Bally Bagayoko, édile insoumis de Saint-Denis. Apprenant par la presse, certainement aux ordres de Bolloré, qu’une enquête judiciaire planait au-dessus de sa tête suite aux indiscrétions du méchant volatile : le Canard enchaîné, l’élu n’a ni tremblé ni cherché son avocat. Non, il a pris sa plus belle plume municipale pour signaler au Procureur qu’il attendait toujours sa convocation.
« Monsieur le Procureur, écrit-il en substance avec une fraîcheur rafraîchissante, je n’ai rien reçu au courrier. Pourriez-vous éclairer ma lanterne ? » Ah, la touchante candeur de la gauche radicale face aux dédales du Palais de Justice !
À La France Insoumise, on a manifestement gardé quelques réflexes de l'époque où la justice fonctionnait avec des convocations en bonne et due forme, déposées par huissier entre le café et le tractage de huit heures. On imagine aisément le désarroi au bureau des affaires financières : quoi, on enquête sur nous et personne ne nous a prévenus pour qu’on prépare le thé et les sablés?
Confusion des genres judiciaires
Mais le PNF, cher Bally, ce n’est pas le guichet du tribunal de grande instance du coin si cher au LFI où l’on vient pointer avec son coupon d’invitation. Le PNF est une créature discrète, presque féline. Graooo...
Il n’envoie pas de faire-part d’ouverture de dossier avec dorure à chaud. Il n’appelle pas la mairie pour fixer un rendez-vous selon les disponibilités de l’agenda du Conseil d’administration. Le PNF travaille dans l’ombre, pèse les bilans, épluche les factures de la RATP, compulse les conventions et observe. Il préfère le murmure des serveurs informatiques au fracas des convocations immédiates. Demander au Parquet Financier si l’on est visé par une enquête pendant qu’il rassemble ses pièces, c’est un peu comme appeler les cambrioleurs pour leur demander s’ils comptent passer jeudi ou vendredi.
Un laps de temps fort serviable
Ce décalage culturel prête évidemment à sourire. Dans l’esprit insoumis, habitué aux grands débats publics et aux microphones bien tendus, le silence de la justice est perçu comme une anomalie, voire un manque d’égard. Pourtant, ce laps de temps qui s'écoule entre les premières fuites journalistiques et l’action judiciaire proprement dite est un classique absolu du genre. Un intervalle parfois fort précieux, qui laisse traditionnellement aux disques durs le temps d’attraper des virus malencontreux ou aux pièces comptables celui de s’évaporer élégamment des archives de la régie des transports.
On repense alors, non sans une pointe d’ironie, à d'autres affaires célèbres du Docteur Marescaux avec l'IHU. Où les suspects s’étonnaient eux aussi que la justice ne vienne pas frapper poliment à la porte avant d'envoyer la patrouille. Le manque d’habitude des prétoires financiers, sans doute.
Bally Bagayoko se dit « serein ». Il a bien raison, la sérénité est bonne pour le moral. Mais, en priant le Procureur financier de lui indiquer « les modalités selon lesquelles il pourra se tenir à disposition », le maire de Saint-Denis oublie un détail capital : lorsque le PNF décide enfin de se déplacer, il choisit lui-même l’heure, le ton, et apporte généralement ses propres cartons de déménagement pour emporter les preuves.
En entendant de la part des perquisitionnés : la République, ou plutôt pour cette fois : la mairie, c'est moi !
En attendant, le courrier est parti. Le PNF, lui, continue de lire le journal en silence.
En fichier joint, la lettre remise au PNF.
Maxime Gruber
